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Les entretiens de Rénover dans la fidélité

Samedi 16 septembre 2006

Jean-Luc, tu t'es inscris avec tes amis de "Trait d'union" dans une démarche de soutien à la candidature de Laurent Fabius, dès la création de Rassembler à Gauche. Quelle est l'analyse politique qui a amené "Trait d'union" à faire ce choix ?

Le Congrès du Mans était exceptionnel à plus d’un titre. Il a été convoqué juste au lendemain du 29 mai et pour répondre à la crise que le résultat avait ouvert. Pour nous qui nous étions engagés activement et publiquement dans la campagne unitaire du « Non de gauche », ce congrès devait organiser les retrouvailles du Parti Socialiste avec le reste de la gauche qui s’était engagé du côté du non. Mais surtout, plus largement encore, avec le peuple de gauche tout entier. Nous avions pour objectif que le parti se mette en situation de prendre sa part dans l’organisation politique de ces larges secteurs d’abstentionnistes des quartiers populaires, ceux qui s’étaient rendus de nouveau aux urnes à l’occasion du référendum. Ils étaient alors, à ce moment là, dans l’influence idéologique des arguments anti-libéraux du « non de gauche ». C’était l’enjeu de fond. N’oubliez pas que la thèse centrale de notre analyse politique est que la France est en état d’urgence politique et que le monde lui-même est en train d’y entrer. 

 

 

 

 

 

Pour nous, le paysage politique est celui d’une course de vitesse entre l’extrême droite, les fondamentalisme et communautarisme d’un côté et les progressistes de l’autre, à mesure que le libéralisme étend ses ravages et que s’accroît le nombre de ceux qui le rejette. La conquête des consciences est l’enjeu essentiel.

En ce qui concerne les bases sociales de la gauche au sens large, il y a deux manières de toucher les cœurs et les consciences. Il y a la voie de l’éducation populaire de masse du type de celle qui fut pratiquée dans les années de préparation de la victoire du programme commun. Et il y a la voie que prend la nouvelle social-démocratie internationale depuis que le nouvel âge du capitalisme l’a mise en impasse. Là où elle est « blairisée », la social démocratie  reformate sa base idéologique et électorale en jouant sur deux tableaux : circonvenir les milieux populaires en lui offrant des coups de mentons sécuritaires d’une part, séduire les classes moyennes supérieures en régalant leurs égoïsmes sociaux d’autre part. On doit comprendre que proposer des centres militarisés « au premier acte de délinquance » d’un jeune et la mise sous tutelle des familles pauvres « au premier acte d’incivilité » d’un côté et de l’autre offrir aux habitants des beaux quartiers le droit de soustraire leurs enfants à la mixité sociale comme cela vient d’être fait par Ségolène Royal est bien inscrit dans cette lignée.

 

 

 

 

 

« Fabius à la présidentielle et Montebourg premier secrétaire »

Comment en sommes nous arrivé là ? Il faut admettre cette cruelle leçon : cette orientation peut marcher à visage découvert parce que nous avons été défaits au congrès alors même que se jouait le cœur de l’orientation de la gauche quant aux conséquences à tirer du référendum. L’ambition du « Trait d’union » que nous proposions de poser à gauche était donc à l’inverse quant à la méthode politique : partir de la mobilisation acquise par le « non » pour faire de son contenu politique anti-libéral un axe de rassemblement populaire. Pour cela le minimum de crédibilité dépendait du fait que les tenant du non s’accordent loyalement pour proposer en commun une orientation. Au plan du contenu, le cœur de notre texte se résumait à ceci : union sans exclusive à gauche, programme commun.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre sensibilité ne réclamait rien pour elle, ses responsables, ses militants. Juste l’honneur d’être utiles à la gauche. Par rapport au oui de gauche notre attitude était de fuir le débat empoisonné et affectif sur la « réconciliation » qui selon nous n’a guère de sens concret et transforme en question sentimentale ce qui est d’abord un lourd défi politique. Mais il ne s’agissait pas seulement de porter une orientation ensemble. Il fallait aussi assumer un choix de personne pour les postes essentiels car cela aussi était attendu de nous comme c’est bien normal. Nous pensions que la candidature de Fabius à la présidentielle et celle de Montebourg au poste de premier secrétaire étaient la formule qui correspondait au moment politique. Elle était à la fois réaliste et convaincante. Ce que nous proposions rejoignait ce que pensaient les autres composantes de « rassembler à gauche ».

 

 

 

 

 

Pour nous tous, il s’agissait de partir de la base populaire de masse du vote non pour construire la stratégie et, notamment, pour faire face aux taches incontournables qui vont se présenter. Par exemple, la relance du débat sur une nouvelle Constitution. Sinon comment éviter l’encerclement de la France par les pays qui restent partisans acharnés du oui… Bref, nous nous projetions sur l’avenir et nous n’étions pas du tout dans une mentalité du règlement de compte avec les factions du PS qui avaient été pourtant si injurieuses pendant la campagne et qui restaient si sectaires comme en a témoigné l’expulsion de Fabius de la direction du parti.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Votre choix n’a pas toujours été bien compris, y compris dans l’ancien courant « Nouveau Monde »

Ce n’est pas ce que j’ai constaté. « Nouveau Monde » n’existait plus. Deux de ses trois fondateurs, Alain Vidalies et moi, avions rompu avec le troisième, Henri Emmanuelli. Il restait une coquille vide qui a dû se rallier à NPS faute de pouvoir se compter séparément comme cela avait été annoncé. Pour ce qui nous concerne, plus de 1 000 camarades avaient déjà signé notre contribution dès le jour du dépôt du texte et nombreux étaient les mécontents qui regrettaient que l’on n’ait pas ajouté leur nom pour la publication. Cela prouve que le « non » de gauche parmi nos camarades restait une démarche ouverte et unitaire et n’avait rien de ce repli sectaire et haineux dont les tenants du oui ne se sont jamais réellement départis. Mais il y avait un préalable à admettre. Dès la rédaction de notre contribution « Trait d’union », nous avons pointé le fait que nous étions entrés dans le cycle politique de l’élection présidentielle et que la ligne qui serait majoritaire au Congrès conditionnerait la suite. Combien nous ont dit que « ce n’était pas le sujet » ! Là encore, voyons où nous en sommes.

 

 

 

 

 

Danger à privilégier les « identités »

Mais l’essentiel pour nous tenait dans cette thèse : ceux qui avaient opté pour le « non », sans exclusive, avaient la responsabilité de réunir les moyens pour tourner la page à la tête du Parti et afficher un autre cap en vue du rassemblement populaire à réussir pour cette élection. Nous nous prononcions donc pour une motion commune de tous ceux qui avaient choisi le Non au référendum. Et nous nous en donnions les moyens.  

A l’époque, nous avons alerté les camarades de NPS, à commencer par Arnaud Montebourg, sur le danger qu’il y aurait à refuser le rassemblement pour privilégier des « identités » de courant, et donc de contribuer, sans le dire, au maintien de l’équipe en place. Nous avions suggéré, pour faciliter le processus, que Montebourg lance un appel, même personnel et nous lui avons dit que, s’il le faisait, nous y répondrions favorablement. Pas seulement nous, mais toutes les composantes de l’actuelle motion « Rassembler à gauche ». Cela signifie que Fabius aussi était d’accord. C’était une situation incroyablement favorable au rassemblement. On nous a répondu qu’il valait mieux « ratisser large » et donc partir séparément.

On sait depuis ce qu’il est advenu de cette vision pitoyable de la vie du parti. Loin de créer une dynamique nous avons vu les forces se répartir à l’étal, et la direction amplifier sans contrainte ses tricheries. L’attitude de Henri Emmanuelli, est dorénavant éclairé par ce que le livre « La Madone et le culbuto » nous a appris : il s’était déjà accordé en secret avec Hollande.

 

 

 

 

 

Nous avons donc fait cette motion commune, « Rassembler à Gauche » avec ceux qui le voulaient. Tous venaient d’horizons très différents : Laurent Fabius, Alain Vidalies, Marie-Noëlle Lienemann, André Laignel. Cette diversité et ce rassemblement étaient sans équivalent dans ce congrès. Mais nous n’avons pas su le mettre en valeur…

 

 

 

 

 

 

Votre résultat a du vous décevoir…

C’est vrai. Nous trouvions tellement injuste d’être si mal récompensés de nos efforts pour l’union ! Mais sur le moment, nous avons surtout concentré nos efforts sur la résistance à une incroyable opération de tricherie pour minorer notre score ! A posteriori, elle confirme à mes yeux le caractère suspect des résultats du référendum interne. Quoi qu’il en soit, la division des partisans du non a rendu vaine toute espérance de devenir majoritaire. Cependant, il est intéressant, pour bien analyser ce qui s’est passé politiquement, de regarder de près les résultats.

 

 

 

 

 

Il est intéressant de constater en examinant le résultat des votes comment les forces se sont réparties. Il manque au regroupement NM (version Emmanuelli) + NPS douze point par rapport au total recueilli par ces deux motions au congrès de Dijon. Ils viennent pour l’essentiel des électeurs de Nouveau Monde. Est ce étonnant ? J’ai déjà dit que Vidalies et moi étions à la tête de deux des trois groupes « fondateurs » de NM ! Nous avons fait la démonstration chiffrée de ce point. Elle confirme certes le hold-up qu’avait opéré Emmanuelli sur le courant que nous avions fondé ensemble (méthode qu’il renouvela ensuite à NPS). Mais fondamentalement, cette démonstration prouve que le résultat de la motion avec comme premier signataire Laurent Fabius était un résultat de gauche. Cela signifiait qu’à partir d’une ligne de gauche il était capable de regrouper les voix de gauche à commencer par celles du parti.

Tout cela fut noyé par le grand bazar médiatique qui n’avait d’ailleurs aucun appétit pour le digérer. Mais nous, vous, devons-nous l’oublier et n’en tirer aucun bilan ? Devons-nous renoncer à la fonction de mémoire et d’expérience qui est le propre d’un parti et la dignité d’un militant politique ? Le ferons-nous au moment même où nous dénonçons le nouveau parti d’audimat qui propose au passant dans la rue des adhésions à 20 euros pour désigner les candidats hors de tout examen des idées et des lignes d’action qui sont en jeu ?

 

 

 

 

 

Par incapacité à prendre nos distance avec l’affection et les bons souvenirs, faut-il nous aveugler et refuser de comprendre que tant d’erreurs accumulées ne sont plus des erreurs mais une ligne politique qui s’est, sans doute, construite par approximations successives mais qui n’en a pas moins sa cohérence et son efficacité ? Voyons en face le résultat : la gauche du parti est pour l’instant rayée de la liste des décideurs au Parti Socialiste en dépit de son audience jamais démentie.

 

 

 

 

 

Pour certains de nos camarades, Laurent Fabius est contestable au regard de ses positions politiques passées. Avec tes amis, au sein de la Gauche socialiste notamment, tu as violemment combattu Laurent par le passé. Qu'est-ce qui explique ton soutien à ce candidat aujourd'hui ?

Dans la vie de tous les jours, je ne crois pas qu’un homme soit décrit par son passé. Moins encore dans la vie politique. Par principe, on ne doit pas enfermer un homme politique dans ses positions passées. Sinon, cela signifie que toute discussion est une mascarade puisqu’on n’acceptera ni qu’elle fasse évoluer le point de vue de l’autre, ni le sien. Que serait-il arrivé si dans les années 1960 et 1970 si les socialistes avaient réduit François Mitterrand à ses positions passées ? Elles étaient pourtant bien plus complexes à porter que celles que l’on reproche aujourd’hui à Laurent Fabius.

Dans l’autre sens, le passé trotskiste puis d’animateur de la Gauche Socialiste de Julien Dray doit-il nous pousser à mettre en cause la sincérité de son engagement actuel aux côtés de quelqu’un qui professe le contraire de ce que lui-même a toujours défendu ? Et le passé se Montebourg ? Rend-il compte des raisons qui en font le porte-parole de Ségolène Royal ? Non bien sûr. Vous le savez mieux que moi. La vérité des individus, s’il y en a une, est dans leur évolution. Marcel Déat venait de la gauche du parti, il finit à l’extrême droite en passant par un intermède sécuritaire militariste et nationaliste. François Mitterrand fut séduit par la Cagoule à 20 ans et en 1981, président de gauche, il installa les communistes au gouvernement et nationalisa toutes les banques françaises. On apprécie plus justement une personne d’après le film que d’après la photo. Les trajectoires nous en  apprennent plus que les certificats de baptême. Nous devons absolument tous nous guérir tous du démon du sectarisme et du plus odieux, celui qui tourne à la punition du délit de sale gueule ! Sur l’écran de contrôle, Fabius rencontre la trajectoire de la gauche du mouvement socialiste. 

 

 

 

 

 

 

On ne peut plus se contenter d’accompagner socialement la mondialisation libérale

Dès lors, réduire Laurent Fabius à ses positions passées serait d’autant plus injuste qu’il a lui-même reconnu publiquement son évolution personnelle, en disant pourquoi et sur quels sujets. Et les sujets concernés sont ceux sur lesquels nous avons bataillé. Son changement est raisonné et argumenté. Il s’appuie d’une part sur le constat du fossé qui se creuse entre la majorité populaire de notre pays et le PS depuis le 21 avril 2002 et, d’autre part, sur l’analyse que le capitalisme a changé de nature et que l’on ne peut plus se contenter d’accompagner socialement la mondialisation libérale comme le croit la stratégie sociale-démocrate qui finit dans le naufrage politique que nous avons sous les yeux en Allemagne et en Angleterre par exemple.

 

 

 

 

 

J’ajoute que Laurent Fabius ne s’est pas contenté d’expliquer qu’il avait changé mais qu’il a aussi posé des actes forts. A commencer par son choix d’exposer publiquement aux Français son refus de la constitution européenne pendant la campagne référendaire du printemps 2005. Ce choix était courageux et je rappelle qu’il n’a pas été facile et confortable. Courageux parce que le Oui était à 70 % dans les sondages. Peu confortable, car il a alors été violemment mis en cause par les médias et tout ce que ce pays compte de belles personnes bien pensantes. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le fond, nous soutenons donc d’abord Laurent Fabius parce qu’il est le seul candidat qui s’est prononcé pour le Non le 29 mai. Il ne s’agit pas là d’une question de personne. C’est une question politique. Nous pensons que la Constitution européenne s’est invitée dans la présidentielle de 2007. Du choix présidentiel de 2007 dépendra largement le respect du vote du 29 mai et surtout la capacité de la France à porter une alternative crédible au niveau européen. D’ailleurs plusieurs autres pays européens attendent le résultat français de 2007 pour voir s’ils vont pouvoir faire comme si le 29 mai n’avaient pas eu lieu ou s’il va falloir se remettre sérieusement autour de la table. Car derrière suivront la présidence française de l’Union en 2008 et l’élection européenne de 2009 qui seront décisives pour la réorientation ou au contraire l’enlisement de l’Europe.

 

 

 

 

 

Incarner le non majoritaire des Français en 2007 n’est pas seulement un enjeu dans la gauche. Certes ce serait déjà beaucoup. C’est un argument pour le jour où la négociation commencera avec nos partenaires européens. De quel poids pèsera la personne qui négocie si elle a voté oui quand elle argumentera pour le non ? Surtout si en face d’elle se trouve d’autres sociaux-démocrates avec lesquels elle aura battu les estrades du oui en France. Oubliez-vous que plusieurs des plus importants commissaires européens sont des sociaux démocrates ? Oubliez-vous que le PSE dirige aujourd’hui la moitié des gouvernements européens ou bien se trouve dans des coalitions gouvernementale avec la droite ? Un négociateur issu oui sera bien vite confronté à ses propres déclarations s’il doit défendre les raisons du non… Voila pourquoi Laurent Fabius est le mieux placé pour permettre de finir le travail du 29 mai en 2007.

 

 

 

 

 

 

Tu as toujours déclaré que tu n'es pas fabiusien. Comment fais-tu vivre l'accord sur les orientations politiques avec les camarades fabiusiens historiques ? En d'autres termes, comment "Trait d'union" agit pour s'assurer que les orientations écrites aujourd'hui seront tenues demain ?

Je le dis parce que c’est la vérité. Pour la petite histoire vous saurez que c’est Laurent Fabius qui mit sous tutelle la direction de ma fédération et que j’ai voté contre lui le jour du « putsch » de Rocard en 1993… C’est dire que nous avons des raisons de nous en vouloir mutuellement. Mais si on appliquait le principe des vendetta, on ne ferait pas de politique raisonnée comme je l’ai déjà expliqué. Aujourd’hui nous ne sommes pas fondus dans un courant « fabiusien ». Je ne crois pas qu’un tel courant existe d’ailleurs, même s’il y a évidemment ce que tout le monde connaît sur le terrain c'est-à-dire de vieilles solidarités à l’œuvre autour du personnage. Nous avons défendu une motion commune et nous soutenons un candidat commun. C’est déjà beaucoup, non ? Mais chacun garde évidemment sa liberté d’appréciation et d’action.

 

 

 

 

 

Nous sommes un cartel de réseaux militants avec une orientation commune. De toutes façons, cette campagne est celle de Laurent fabius. Il la dirige, prends conseil, tranche. Je crois que cette prééminence est assez normale. Elle ne mutile personne et elle est respectueuse de la tache que chacun doit accomplir. Laurent Fabius n’est pas candidat à être le responsable d’un courant du PS mais candidat a la présidence du pays. Tout le monde peut comprendre que notre fonctionnement s’en déduit. Cependant je pense que les observateurs n’ont pas assez noté l’étendue et la force des objectifs qui nous ont rapprochés. Dès lors, pour nous, le problème n’est pas de demander des garanties notariales à Laurent Fabius. Il s’agit plutôt de trouver la méthode de mobilisation populaire qui permette à un président et à un gouvernement de gauche d’être porté par un rapport de force durable avec la droite. Cela ne se décrète pas. Cela se construit par l’activité politique, le travail d’éducation populaire. Mais on ne peut pas le faire dans l’ambiguïté politique. Fabius à un profil politique clair et une ligne d’action présidentielle nette. Il se présente comme un bon point d’appui pour actionner le levier populaire.

 

 

 

 

 

Lisez-nous. La motion Rassembler à gauche s’inscrivait sans ambiguïté dans la ligne d’un socialisme de transformation par opposition au socialisme d’accompagnement incarné par la social-démocratie européenne. Elle formulait des propositions claires et ambitieuses en particulier sur l’Europe (le respect du Non et la réorientation de l’Europe), le pouvoir d’achat (SMIC à 1 500 euros), la stratégie face au gouvernement (opposition frontale) et la stratégie d’alliance des socialistes (union des gauches sans exclusive, refus de toute alliance au centre). Ces propositions ont été reprises au Mans et n’ont cessé depuis d’être portées par Laurent Fabius dans ses différentes expressions. Cet ancrage à gauche porte ses fruits en particulier sur le thème du pouvoir d’achat qui a depuis été repris par d’autres candidats. Dans la durée c’est l’action populaire notre plus sérieuse garantie. Elle doit être nourrie sans relâche par des propositions offensives.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La direction du PS compte sur un "21 avril à l'envers" qui pousserait les citoyens de ce pays à voter "utile", donc pour le candidat socialiste, dès le 1er tour. Quelle est ton analyse à ce sujet ?

Il y a en effet une aspiration populaire très forte dans le pays pour en finir avec les politiques libérales et donc de chasser la droite du pouvoir. Les gens vont chercher honnêtement quel sera le moyen le plus efficace pour cela. Cette recherche du vote utile est saine. Mais elle ne garantit rien à l’avance. Et son contenu est pauvre. Il ne suffit pas d’être contre. Il faut aussi se rassembler pour un programme, une ligne d’action. La France a besoin d’un peuple motivé. Surtout n’oublions jamais combien il est dangereux de croire les sondages pour prendre nos décisions d’action.

 

 

 

 

 

Il y a cinq ans jour pour jour, le 8 septembre 2001, la SOFRES-LCI et Le Nouvel Observateur publiaient un sondage qui créditait Lionel Jospin de 27 % des voix au 1er tour et de 51 % au second. Nous devons donc vraiment nous guérir de cette mentalité de turfiste qui contamine aujourd’hui la vie politique sous l’influence de médias qui ont les yeux rivés sur les sondages.

La course de vitesse entre la gauche et l’extrême-droite pour représenter l’alternative au libéralisme est toujours engagée. L’avance du candidat socialiste au 1er tour dépendra de la mobilisation populaire qu’il aura su créer à gauche. Sans dynamique d’union des gauches, cela sera beaucoup plus difficile, dès le 1er tour et a fortiori au second. Le danger pour la gauche est non seulement la menace de l’extrême-droite mais aussi la dissolution plus large encore d’une partie des classes populaires dans l’abstention. Liée au véritable apartheid social qui s’installe dans notre pays, cette abstention de masse instaure un véritable régime censitaire dans lequel la gauche voit ses chances de victoire reculer. Pour autant la mobilisation record du 29 mai, notamment de l’électorat ouvrier, qui a plus voté que tous les autres pour la 1ère fois depuis 20 ans, montre que l’énergie populaire pour changer notre pays peut être au rendez-vous. Il faut la susciter et l’entretenir en traçant clairement les oppositions et les enjeux.

Un argument fréquemment entendu dit qu’il est inutile et étrange de soutenir un candidat que l’on dit déjà battu au vote interne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est un argument consternant. D’une façon générale nous savons que de nombreux rebondissements mûrissent. Quelle sera la configuration des candidatures ? Et celle des conditions de vote ? Quand éclatera la bulle médiatique ?

 

 

 

 

 

Car il faut bien s’attendre à ce qu’un jour il soit relevé que la soi disante candidate féministe n’a pas nommé une seule femme parmi ses porte-paroles, ni ses coordinateurs de campagne. Que le grand mouvement de la rénovation qu’elle affirme incarner est soutenu par quelques uns des hommes d’appareils les plus féroces et les plus discutés du PS. Que le livre qu’elle devait écrire en ligne et en interactivité à paraître en juin puis en septembre n’est toujours rendu qu’au chapitre deux… Que les mesures sécuritaires proposées à Bondy sont techniquement inapplicables, que la suppression de la carte scolaire est une promesse apparue pour la première fois dans le programme du Front National dans les années quatre vingt et ainsi de suite. Tant d’incohérences, d’improvisations, de contre sens et de contre-pied sont–ils liés au hasard d’une campagne assez largement improvisée (ce qu’on ne peut pas lui reprocher mais qui nous impose de réfléchir aux raisons pour lesquelles tous vont dans le même sens) ou bien est-ce une ligne ? Et dans ce cas pourquoi n’y a-t-il jamais moyen d’en débattre et pourquoi toute contestation est-elle aussitôt transposée sur un autre terrain et diabolisée comme du sexisme sinon pour éviter le débat ?

Plus largement, je récuse l’idée qu’un sondage détermine notre engagement. Bien qu’il ne s’agisse pas de la même situation, doit on au nom des victoires acquises d’avance renoncer aux candidatures dans les circonscriptions, cantons, mairies où la droite est donnée gagnante ? En toutes hypothèse la fin de l’histoire n’est pas arrivée. Il y aura, quel que soit le résultat, un « jour d’après ».

 

 

 

 

 

Ce qui doit nous motiver comme personne de gauche agissant sous l’empire de la raison et de nos convictions, ce ne sont pas les sondages mais les raisons d’agir. Nous n’en manquons pas je crois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.pourlarepubliquesociale.org

http://www.trait-dunion.org/blog

Par nathan lalbiges
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Lundi 18 septembre 2006

Après l'interview que Laurent Fabius a bien voulu nous accorder, vous avez été plusieurs à vous interroger, nous questionner, sur sa sincérité. Nous lui avons donc posé directement la question. Voici sa réponse.

"Après notre premier échange, tu m'as questionné sur ma sincérité. Je vais te répondre franchement. Je suis entré en politique aux côtés de François Mitterrand. J'ai toujours fait mien son choix d'ancrer le PS pour rassembler à gauche autour du PS. Cette ligne politique, tu t'en souviens peut-être, je l'ai affirmée face à notre camarade Michel Rocard dès le Congrès de Metz. J'avais 32 ans ! Cette ligne politique, je l'ai mise en œuvre en tant que Ministre puis Premier Ministre de François Mitterrand entre 1981 et 1986 : comme tu le sais, c'est moi, par exemple, qui ai créé l'impôt sur les grandes fortunes. Pas vraiment social-libéral ! Et au gouvernement, j'ai défendu avec force la nationalisation de nos entreprises en difficulté.  

En 2000, j'ai participé au gouvernement de Lionel Jospin. Dans un contexte de forte croissance et alors que la polémique enflait sur la fameuse « cagnotte », j'ai souhaité, en plein accord avec Lionel, procéder à certains allégement d'impôts. Je l'ai fait en veillant à doter les services publics et à alléger plus fortement l'impôt des foyers les plus modestes. Afin de soutenir le pouvoir d'achat, j'ai créé la TIPP flottante, ainsi que la prime pour l’emploi (PPE).

Sur ce, est venue la dégelée du 21 avril 2002. Comme tous les socialistes, je prends ma part de cet échec. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai constaté le divorce en train de s'installer entre nous et les couches populaires. A l'échelle du monde, j'ai analysé les effets de la nouvelle mondialisation, avec l'entrée de l'Inde et de la Chine dans le commerce mondial et son cortège de délocalisations. J'ai vu l'Europe s'affaiblir et se diluer sous l'effet des élargissements successifs, élargissements dont j'ai toujours affirmé qu'ils auraient dû être précédés d'un approfondissement. J'ai vu aussi la montée des intégrismes de toutes sortes. Et l'essoufflement de nos institutions après plus de 10 ans de chiraquisme.

Dans ce contexte, j'ai pris des positions fortes depuis 2002, en tirant les leçons positives et négatives de notre expérience. Tu les connais : opposition déterminée à la droite et réaffirmation claire de la laïcité lors du Congrès de Dijon ; refus du TCE et de la dérive libérale de l'Europe l'année suivante ; volonté de soutenir le pouvoir d'achat et choix du rassemblement à gauche lors du Congrès du Mans ; plaidoyer pour une nouvelle République parlementaire dans le cadre de la commission du projet. J'ai aussi beaucoup réfléchi à l'avenir du secteur énergétique, à l'heure de l'épuisement des ressources pétrolières et du réchauffement climatique : en ce sens, j'ai réclamé la renationalisation d'EDF et j'ai écrit à Jean-François Cirelli pour faire des propositions alternatives à la privatisation de GDF – tu trouveras cette lettre sur mon site Internet www.laurent-fabius.net.

Ces prises de position, je les ai formulées avec précision et avec constance. Contrairement à d'autres, je ne change pas mon discours au gré des publics auxquels je m'adresse et je ne reste pas volontairement dans le flou. Ce jour même, je viens de rendre publics mes 7 engagements pour 2007. Tu les trouveras également sur mon site Internet.

J'ai appris de mon expérience des responsabilités. Le monde bouge. Je bouge avec lui. Ma sincérité, c'est de dire clairement la politique alternative que je mettrai en oeuvre en 2007 si les socialistes puis les Français m'accordent leur confiance.

Tu peux compter sur moi.

Laurent Fabius" 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par nathanael uhl
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Lundi 18 septembre 2006

Suite à notre interpellation, Laurent Fabius a répondu aux questions de Rénover dans la fidélité. Elles sont aussi disponibles sur son site http://www.laurent-fabius.net.

 

1 - A l'intérieur du Parti comme à l'extérieur, tu cultives une démarche assez "mitterrandienne". Est-ce qu'il n'est pas temps, au contraire, de rompre avec cet héritage ? Est-ce que ce n'est pas aussi cela la rénovation ?

Se souvenir de François Mitterrand ne consiste pas à abdiquer toute pensée aigüe ou toute réflexion personnelle. Et certainement pas à négliger l’exigence impérieuse de rénovation. Quand j’évoque sa mémoire ou son message, je manifeste d’abord ma fidélité personnelle à un homme hors du commun, que j’ai accompagné dans la phase la plus décisive de sa vie politique.

C’est à ses côtés que j’ai mené mes premiers combats politiques ; que j’ai partagé la passion de l’action locale et découvert l’expérience de ministères-clés comme le Budget, l’Industrie et la Recherche ; c’est lui qui m’a appris à agir en européen convaincu, mais aussi exigeant et c’est à sa demande que j’ai dirigé le gouvernement. Je lui suis reconnaissant de m’avoir accordé sa confiance, dans les bons et dans les mauvais moments. J’apprécie la loyauté et la fidélité. C’est pourquoi j’ai toujours refusé d’ajouter ma voix à la pluie de critiques qui ont pu se manifester durant les dernières années de sa présidence, y compris au sein du Parti Socialiste.

Chaque homme, chaque bilan, chaque vie a évidemment ses « plus » et ses « moins », ses lumières et sa part d’ombre. Mais, j’ai toujours pensé que chez Mitterrand, les « plus » l’emportaient largement. C’est pourquoi j’ai été heureux de voir les socialistes désormais unanimement rassemblés autour de sa figure et de son action à Jarnac, en janvier, pour le 10ème anniversaire de sa mort.

"Ancrer la parti socialiste à gauche
pour créer les conditions du rassemblement de la gauche"

Mais, au-delà de cette fidélité personnelle, la démarche mitterrandienne que tu évoques, et dans laquelle je me reconnais, est avant tout pour la gauche et pour notre pays, une démarche politique. Elle me paraît plus que jamais d’actualité à l’approche des échéances 2007. Elle tient en deux choix :

- d’abord ancrer le Parti Socialiste à gauche pour créer les conditions du rassemblement de la gauche autour des socialistes. F.Mitterrand savait que les stratégies dites de « troisième force » et d’alliance avec le centre conduisent la gauche à l’échec. Pour fédérer la gauche autour du PS, il a doté celui-ci d’une véritable volonté de transformation sociale. Ce choix ne s’est pas imposé sans mal car, déjà à l’époque, certains camarades avait un goût prononcé pour la pensée libérale et pratiquaient la « danse du centre ». Je n’en étais pas et je n’en suis toujours pas aujourd’hui, alors que ce débat est toujours d’actualité. Des prises de position récentes montrent qu’il sera en réalité au cœur de notre campagne interne pour la désignation du candidat : veut-on créer les conditions politiques d’un gouvernement de rassemblement de la gauche ou cherche-t-on, en se référant un jour à Blair et en empruntant le lendemain à Sarkozy, à se rapprocher du centre droit ?

- l’autre choix mitterrandien, c’est d’avoir su conjuguer la transformation sociale et l’action gouvernementale dans la durée. Avant Mitterrand, la gauche avait su mettre en œuvre de  grandes avancées, mais il lui avait été ensuite difficile de gouverner dans la durée. Souviens-toi du Cartel, du Front populaire, de la Libération ou encore de Mendès France. Mitterrand a brisé la « malédiction du pouvoir » : avant lui, la gauche gouvernait par éclipses ; avec lui, elle a agi durablement. Les conquêtes de 1981-1986 – la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, l’abolition de la peine de mort, le sauvetage de notre industrie par la nationalisation de certains groupes, la décentralisation, la relance européenne avec Kohl face à Thatcher, la démocratisation de l’audiovisuel, la dépénalisation de l’homosexualité – ont été significatives. Ensuite, réélu en 1988, Mitterrand a voulu inscrire ces conquêtes dans le temps, c’était le sens du deuxième septennat qui n’a pas eu le même souffle, ni la même audace que le premier. Ce choix mitterrandien – volonté et durée – doit rester le nôtre pour le futur. Comme je l’avais souhaité, le projet que nous avons adopté cette année est ambitieux, mais il ne doit pas être travesti ou affadi ; cette ambition, nous devrons l’inscrire dans la durée de l’action gouvernementale.

Voilà les raisons qui expliquent ma fidélité à la démarche mitterrandienne, ce qui ne signifie pas servilité intellectuelle ou refus des évolutions indispensables. Sur un point en particulier, je marquerai clairement une différence pour 2007 : la question des institutions. Pour F. Mitterrand, il fallait démontrer que la gauche était capable de gouverner dans le cadre des institutions de la Vème République. Cette démonstration a été faite et ces institutions ont montré leurs limites, nous avons besoin d’une profonde réforme. C’est un exemple parmi d’autres de la  « rénovation » dont je veux être porteur. Au fond, avant d’aller au combat présidentiel en 2007, je préconise de relire « Le coup d’Etat permanent ». J’y trouve des propositions qui restent actuelles et qui sont même devenues urgentes.



2 – Précisément, tu as évoqué à plusieurs reprises une nécessaire évolution des institutions en France. Pour autant, tu ne parles pas de 6e République. Peux-tu nous expliquer le contenu que tu donnes à cette évolution institutionnelle ?

Je suis clairement partisan d’une République nouvelle de nature parlementaire et nous pourrions faire le lien avec le sujet précédent en disant que la relecture du « Coup d’Etat permanent » est revigorante. Pour 2007, je suis heureux que notre projet, après certaines hésitations, ait tranché dans ce sens. Cela n’a pas été sans difficultés ! Plusieurs de nos responsables étaient  - et sont peut-être demeurés - favorables à un régime présidentiel. Ce n’est pas le régime à mes yeux le plus efficace, ni le plus équilibré. En outre c’est celui que propose N.Sarkozy. D’autres camarades plaidaient en faveur du statu quo, pensant que la question institutionnelle est relativement secondaire et que quelques bonnes pratiques locales conjuguées à une extension de la décentralisation pouvaient remplacer une authentique réforme des institutions et de l’Etat. Je ne suis pas d’accord. Parce que je connaissais ces réserves, j’ai fait le choix d’intervenir dans le cadre de la Commission du projet et publiquement en faveur d’une réforme des institutions et pour un régime parlementaire : tu peux par exemple consulter l’entretien que j’ai accordé au Monde sur ce sujet en mai dernier [www.laurent-fabius.net/article499.html].

Mon analyse est la suivante. La France vit une crise démocratique profonde. Le président ne préside plus, le gouvernement ne gouverne plus, le parlement parle à peine, les partenaires sociaux sont court-circuités ou priés d’acquiescer. Quant au peuple, il n’est plus entendu ! Régionales, cantonales, européennes, référendum – quand les Français votent, la droite se bouche les oreilles et poursuit sa politique comme si les urnes n’avaient pas parlé ! Après le fiasco du CPE et la lamentable affaire Clearstream, on pourrait dire de ce régime : « Jacques Chirac l’a tué ». Les institutions sont fourbues. Il faut leur redonner des nerfs, grâce à une République nouvelle.

"Une république nouvelle parlementaire"

Si je suis désigné par les socialistes, puis élu par les Français, nous soumettrons à référendum dès septembre 2007 les fondements de cette République nouvelle. Les rôles de l’Assemblée nationale et du Premier ministre seront renforcés, et celui du président recentré sur l’arbitrage, le long terme et les valeurs qui fondent la cohésion de la Nation. Concrètement, cela signifie notamment : la responsabilité pénale du chef de l’Etat, le mandat unique pour les parlementaires, une dose de proportionnelle pour l’élection des députés, la suppression de l’article 49-3, un statut pour l’opposition, la parité gouvernementale, le droit de vote des étrangers aux élections locales, ainsi que les aspects constitutionnels de la réforme de la justice. Pour assurer un Etat impartial, le Président ne sera plus membre du Conseil supérieur de la magistrature, ne nommera plus les membres du Conseil constitutionnel ou du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Cette refondation démocratique s’étendra à la démocratie territoriale, la démocratie sociale et la démocratie culturelle, qui seront renforcées. Enfin, pour ancrer la démocratie participative dans notre pacte républicain, je suis favorable à un mécanisme qui permettrait à une proposition de loi soutenue par plus d’un million de Français d’être examinée par le Parlement.

Vient alors la question sémantique que tu soulèves. D’un point de vue juridique, la « VIème République » suppose que la nouvelle assemblée nationale ait un mandat constituant, que l’actuelle Constitution soit abrogée et entièrement réécrite, et que de nouvelles élections législatives se tiennent après l’adoption de la nouvelle Constitution. Durant ce laps de temps, l’action économique et sociale de la France sera suspendue alors même que les urgences, dès mai et juin 2007, s’appelleront la hausse des salaires et des pensions, le collectif budgétaire pour l’école, le logement, la santé, la recherche, l’environnement, et que des rendez-vous européens auront lieu au cours desquels la France devra marquer avec force sa volonté d’engager, avec ses partenaires les plus euro-volontaires, une réorientation de l’Europe et une relance sociale et démocratique. Voilà pourquoi je parle plutôt de « nouvelle République ». Je pense que l’on peut réformer très profondément et très rapidement les institutions actuelles sans passer par ces différentes étapes. Et, au-delà des termes, pour arriver au même but : une République nouvelle parlementaire.

 

3 - Tu te présentes comme un républicain, défenseur de la laïcité, ce qui inclut la lutte contre les communautarismes. Dans quelle mesure cette position est-elle compatible avec la rénovation qui passe par plus de place accordée aux femmes et aux "minorités visibles" ?

Tu as raison d’évoquer cet attachement à la laïcité. Si je devais me définir, je dirai : socialiste, républicain et laïc. La laïcité, j’y suis attaché depuis le lycée ! Pour moi, la laïcité n’est pas une valeur parmi d’autres, c’est la clé de voûte de notre vivre ensemble. Elle ne doit pas être « ouverte », « adaptée », relativisée, ou que sais-je encore, elle doit être constamment réaffirmée. J’ajoute que les événements qui déchirent actuellement le monde ne font que me renforcer dans cette conviction. L’alternative aux fondamentalistes de tous bords, les islamistes iraniens comme, d’une autre façon, les évangélistes américains, c’est la laïcité à la française : chacun est libre de pratiquer un culte ou de ne pas en pratiquer, mais il réserve ce choix à la sphère privée.

Citoyenneté plutôt que religiosité et communautés, cette conviction n’est pas nouvelle. Elle me sépare par exemple totalement de N. Sarkozy et elle sera un élément fondamental de clivage pour les prochaines échéances. J’avais fait de la laïcité le thème central de mon intervention lors du Congrès de Dijon en mai 2003. J’ai plaidé pour qu’une loi interdise les signes religieux ostensibles dans nos écoles. Là encore, plusieurs de nos responsables défendaient un autre point de vue, préférant un statu quo intenable – et d’abord pour les chefs d’établissement et les enseignants ! – à la réaffirmation de la laïcité. Dans le prolongement de cette loi, je souhaite qu’une Charte sur la laïcité soit adossée à la Constitution. Cette proposition, que j’avais formulée, figure désormais dans le projet socialiste.

"Faire en sorte que la diversité soit mieux reprséntée dans nos rangs"

Mais, pour moi, réaffirmer la laïcité ne signifie en aucun cas ignorer le visage moderne et divers de la France. Je suis partisan d’une stricte égalité de droits et de devoirs entre les différentes religions, ce qui exige une plus grande reconnaissance de l’Islam. Je suis un adversaire acharné de toutes les discriminations, qu’elles visent les immigrés installés sur notre territoire, les jeunes Français issus de l’immigration, ou nos compatriotes d’Outre-Mer. Je partage la demande d’égalité formulée par les homosexuels. Je suis un combattant de la cause des femmes. Nous devrons faire preuve de volontarisme pour aller jusqu’au bout de la parité : c’est notamment le sens de ma proposition d’un gouvernement intégralement paritaire. Sans avoir recours à des quotas, nous devons faire en sorte que la diversité soit mieux représentée dans nos rangs.

Par exemple, il y a deux ans, j’ai soutenu la candidature de Bariza Khiari au Sénat, qui est à ce jour la seule femme originaire d’Afrique du Nord à siéger dans cette assemblée. Lors des législatives, j’ai aussi souhaité que des candidats issus de la diversité puissent se présenter en nombre suffisant et en position éligible. J’ajouterai un élément : le renouvellement générationnel. Beaucoup de trentenaires m’accompagnent. Lors du Congrès du Mans, j’ai fait en sorte qu’ils soient présents au conseil national  du PS au titre de la motion Rassembler à Gauche. La remise en cause du cumul des mandats doit leur permettre d’accéder en plus grand nombre à l’élection. Enfin, s’agissant du prochain gouvernement, il devra marquer un équilibre entre l’expérience qu’exigent des circonstances très difficiles et que légitime la qualité de nos responsables et le nécessaire renouvellement des équipes.

 

4 - L'Université d'été de Rénover Maintenant à Fouras a lieu dans quelques jours. Qu'as-tu à dire aux camarades de notre courant ?

Comme ce fut le cas lors des précédentes échéances, le choix du candidat socialiste à l’élection présidentielle ne sera pas seulement celui d’un homme ou d’une femme. Ce sera le choix d’une ligne politique et d’un grand dessein pour la France. Le sens de ma candidature est clair : en rassemblant les socialistes d’abord, la gauche et les Verts ensuite, une majorité de Français enfin, je souhaite être le Président d’un vrai changement.

Des débats auront lieu entre les différents candidats dans le cadre de notre campagne interne. Sans artifice ni zig-zag, j’espère qu’ils permettront d’aller au fond des choses.

Sur cette base et loin des pressions médiatico-sondagières ou de la dérive people, chaque militant(e) se déterminera en conscience, au nom de l’idée qu’il (elle) se fait de la gauche, de ses valeurs et de son action. Il - ou elle - aura aussi à se demander qui d’entre nous, sollicitant son suffrage, s’attache vraiment dire ce qu’il fera et ce qu’il ne fera pas.

"Faire de la politique avec un grand P
pour changer de contenu et de méthode"

A l’échelon local, les amis qui m’accompagnent et ceux de ta sensibilité échangent, agissent, s’opposent et proposent souvent ensemble. Depuis 2002, dans le parti ou dans les mobilisations sociales, nous nous sommes retrouvés dans des causes communes : je pense notamment à notre refus fondamental de la dérive libérale de l’Europe et à notre volonté de faire barrage aux méfaits de la mondialisation financière. Comme les institutions et la démocratie, ces deux enjeux seront au cœur de l’élection de 2007. Pour leur donner un débouché politique, il faudra des convictions solides, et non des positionnements de circonstance ou quelques propos à l’emporte pièces, sur fond d’apologie du blairisme et de  mondialisation
« heureuse ». Comment par exemple, se faire le chantre d’une Europe plus démocratique et sociale, après avoir expliqué à la veille du 29 mai 2005 que si les Français votaient NON, il faudrait privatiser les cantines scolaires de telle ou telle Région. Pas sincère. Est-ce crédible ? Je souhaite, moi, que nous fassions réellement de la politique avec un grand P pour changer de contenu et de méthode, à la lumière de notre expérience, dont il faut reconnaître objectivement les réussites et les échecs. C’est cela la vraie rénovation. Vous pouvez compter sur moi pour tenir des engagements qui, si souvent, nous ont rassemblés et nous rassemblent.

Par nathanael uhl
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Vendredi 22 septembre 2006

Alain, avec tes amis de "Rassembler", tu fais partie de Rassembler à gauche. Tu soutiens donc la candidature de Laurent Fabius à l'investiture présidentielle. Quelles sont les raisons de ce choix ?  

C’est un choix de raison et de cohérence politique. Mes amis et moi n’avons pas toujours partagé les options de Laurent Fabius, c’est de notoriété publique. Sauf sur un point, fondamental à mes yeux : Sur la défense des valeurs de la République, sur la promotion de la laïcité, Fabius n’a jamais transigé. Le poperéniste que je suis ne fut pas indifférent à son discours du congrès de Dijon sur le sujet. Enfin, contre les intégristes de la décentralisation et de l’expérimentation régionale, il a constamment défendu une certaine idée du rôle de l’Etat.

Pour le reste, il est aujourd’hui le seul à avoir réellement pris en compte les leçons du 21 avril. Il sait que le rassemblement de la gauche est la seule stratégie gagnante, et il sait que la convergence politique avec nos partenaires et amis se construit sur la base d’un programme de transformation sociale. En mettant la question sociale au cœur de son projet (pouvoir d’achat, logement, démocratie sociale),  il montre qu’il a compris que ce que notre électorat attend de nous, ce sont avant tout des réponses concrètes pour enrayer la progression de la précarité.

D’un point de vue plus personnel, j’avoue que je suis impressionné par son inébranlable détermination. En travaillant à ses cotés depuis quelque mois, j’ai appris à apprécier ses qualités, qui sont celles d’un homme d’Etat. Sa pugnacité, qui fait de lui le plus redoutable adversaire de la droite. Son charisme enfin, qui sera indispensable pour mobiliser notre camp à l’approche des échéances. 

Enfin, je pense que nous avons besoin d’un candidat dont l’expérience et la force de caractère s’imposeront immédiatement dans les relations internationales. Au moment où les négociations sur le cycle de Doha sont reportées sine die, sous la pression des Etats-Unis attachés à leurs privilèges, j’ai la conviction que demain la voix de la France devra être portée par un Président de la République qui a été capable de s’opposer à une vision de l’Europe réduite à un grand marché.

La sensibilité que tu représentes est engagée de longue date dans la gauche du parti. Comment analyses-tu ce que d'aucuns présentent comme un "tournant politique" chez Laurent Fabius : son engagement en faveur du "non" au TCE, son positionnement à gauche ?

Fabius a compris qu’après le 21 avril, rien ne serait pire que de continuer comme avant. L’infléchissement de son discours part de là. Puis vient l’affaire du Traité constitutionnel européen. A cette occasion, il fait un choix majeur. Personnel et politique. Ceux qui résument une telle décision à un choix tactique se font une piètre idée de la politique. Et, accessoirement, laissent à penser qu’on peut jouer l’avenir du pays sur un coup de poker.

Sur la question européenne, Laurent Fabius avait depuis longtemps fait part de sa circonspection relativement à la politique menée. Il a consulté, travaillé, écouté. Quand il s’engage finalement pour le « non », le « oui » est à près de 70% dans les sondages. Il se fait traîner dans la boue par la presse, il est mis au ban par le cercle de la raison. Il tient bon. Le oui gagne au PS, on le croit fini. Le non l’emporte dans le pays.

Fabius, qui est profondément européen, avait senti que nos concitoyens aspiraient à une réorientation profonde la construction européenne. Il porte un regard lucide et exigeant sur la mondialisation et l’Europe. Il développe une argumentation forte, selon laquelle l’émergence de la Chine et de l’Inde au sein du grand marché mondial transforme radicalement la donne. Ces pays nous égalent pour l’innovation et la technologie. On ne peut pas se contenter de quelques accompagnements à la marge d’un libre-échange généralisé. L’Europe doit être une puissance au service d’une autre mondialisation.

 

Comment tes amis et toi parvenez-vous à exister politiquement, au sein de "Rassembler à gauche" ?  

Nous travaillons….beaucoup ! En parfaite intelligence et dans un climat fraternel. Nous partageons tous le même objectif, mais Laurent Fabius respecte notre autonomie de pensée et d’expression. Nous ne sommes pas dans un courant intégré au sens traditionnel : un rassemblement qui s’est opéré autour de la candidature de Laurent Fabius avec des sensibilités qui ont une histoire différente comme les amis de Jean-Luc Mélenchon, ceux de  Marie-Noëlle Lienemann ou ceux de Marc Dolez.

Par nathanael uhl
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Mardi 26 septembre 2006

Marc, tu animes le courant Forces militantes pour le socialisme et la démocratie. Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez décidé de soutenir Laurent Fabius ?

Ce sont des raisons de fond que nous avons exprimées dès le mois de Juillet.

Au-delà de nos différends passés, nous pensons que Laurent Fabius est celui qui a le mieux tiré les leçons du 21 avril 2002, qu’il est le plus à même de réunir toute la gauche et donc de créer un vrai mouvement de transformation sociale.

Comme le récent débat de Lens l’a clairement montré, il est le seul des candidats potentiels à porter une ligne politique qui, ancrant le Parti Socialiste à gauche, permette de rassembler toute la gauche sans exclusive.

Il est aussi le seul à ne pas considérer que la gauche va revenir automatiquement au pouvoir sur les seuls rejet et discrédit de la droite.

Pour répondre à l’attente populaire, il faut d’abord s’engager sur des mesures d’urgence et d’application immédiate pour revaloriser le pouvoir d’achat, garantir la retraite à 60 ans et à taux plein, s’opposer aux licenciements boursiers, assurer à chacun le droit à l’emploi, au logement, à la santé, à l’éducation, aux services publics.           

Les 7 engagements pris par Laurent Fabius, dont l’augmentation immédiate de 100 euro pour le SMIC, s’inscrivent indéniablement dans cette perspective.

Bref, Laurent Fabius est aujourd’hui  en situation, comme François Mitterrand en son temps, d’incarner le combat de la gauche, dans la fidélité aux valeurs qui fondent depuis plus d’un siècle l’engagement des socialistes.

A FMDS, nous faisons ce choix bien sûr en restant nous-mêmes et en totale cohérence  avec notre campagne pour le Non au projet de constitution européenne comme avec notre refus de la synthèse au congrès du Mans.

 

 

A FMDS, vous faites le lien entre le vote des Français et l’élection présidentielle.

Absolument. D’abord parce que pour respecter le vote du 29 Mai 2005, mieux vaut élire un président qui s’est clairement engagé sur le Non, d’autant qu’il reviendra à la France d’exercer la présidence de l’Union Européenne à compter du 1er janvier 2008 et de proposer une perspective après le rejet du traité constitutionnel européen par la France et les Pays-Bas.

J’ajoute, pour ceux qui l’auraient oublié, que ce qu’a exprimé le peuple de gauche le 29 mai est une « lame de fond ». Par ce vote massif, ce vote de classe, les Français ont signifié leur refus au libéralisme et leur volonté d’une véritable alternative à gauche.

Ce n’est qu’en prolongeant le Non du 29 mai et en rassemblant la gauche autour d’un programme de transformation sociale qui lui donne tout son sens, que nous y parviendrons.

L’enjeu de la période est bien d’offrir un débouché politique au vote du 29 mai et il ne peut pas y avoir d’autre voie que celle de la fidélité au mandat donné par le peuple à cette occasion et lors de l’extraordinaire mobilisation contre le CPE.

 

 

A partir du vendredi 29 septembre a lieu l’université de rentrée de FMDS à Cuincy. Ce sera l’occasion d’un rassemblement de diverses sensibilités de gauche du PS. Quel est l’enjeu de cette rencontre ?

Malgré son engagement en faveur du Non au projet de constitution européenne, la gauche du Parti, qui représentait près de 38 % en 2003 au congrès de Dijon, s’est hélas éclatée en plusieurs pôles lors du dernier congrès du Mans.

Aujourd’hui, malgré le ralliement ou les atermoiements de tel ou tel dirigeant, ses militants soutiennent massivement la candidature de Laurent FABIUS, pour les raisons de fond que j’ai indiquées.

Nous en faisons la démonstration, ce week-end à Cuincy, lors de l’Université de Rentrée de FMDS.

Cela est important pour la suite et, dans le respect de nos sensibilités respectives et de nos choix antérieurs, un travail commun s’impose désormais : D’abord pour une plus grande efficacité dans la campagne à mener autour de Laurent FABIUS mais aussi pour ancrer durablement le Parti Socialiste à gauche.

Par nathanael uhl
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