La candidate des ouvriers, c'est moi: c'est en substance le message qu'a adressé jeudi 15 février Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy lors d'un déplacement avec visite d'entreprise dans la Somme, où elle a prévenu son rival UMP qu'elle ne se laisserait pas "intimider" par "les moyens massifs du ministère de l'Intérieur", tout en relativisant les tensions au PS après la démission du "chiffreur" de son programme.
Pressée de questions sur le départ d'Eric Besson, secrétaire national du PS à l'Economie, elle a balayé d'un revers de main ce nouveau coup dur. "Est-ce que vous croyez que les salariés ici présents connaissent M. Besson?", a-t-elle relativisé lors d'une visite dans l'entreprise de peinture Pic Industrie Production d'Airaines, qui a échappé au dépôt de bilan. Et de se tourner vers les salariés: "Vous connaissez M. Besson?". "Non", répond une femme. "Voilà!", a conclu la candidate, tout sourire.
"Je m'occupe des vrais problèmes, celui de l'emploi, du maintien des entreprises", a lancé Ségolène Royal. Elle a toutefois admis qu'il fallait "un peu plus de discipline" au PS. "Il faut de l'ordre juste et ça vaut dans tous les domaines, dans le domaine du PS comme dans le domaine du développement économique", a-t-elle glissé, avant de tourner les talons. "Un secrétaire national s'en va, un autre prend immédiatement sa place", a achevé son codirecteur de campagne François Rebsamen, en allusion à la nomination de Michel Sapin comme "Monsieur Economie" du PS.
Pour la prétendante du PS à l'Elysée, cette visite en terre ouvrière était l'occasion de se poser en candidate des ouvriers, alors que Nicolas Sarkozy multiplie visites d'usines et clins d'oeil à cet électorat. "Très souvent, je suis au côté des salariés par mes responsabilités et aussi là, au contact du développement économique", a-t-elle observé.
"Ne nous laissons pas intimider par la puissance qu'il y a en face. Moi je n'ai pas les moyens massifs du ministère de l'Intérieur", a-t-elle fustigé un peu plus tard lors d'un meeting à Fressenneville (Somme). "Je suis là devant vous avec des moyens ordinaires, ce que nous donne la loi, tout simplement. C'est vous ma force. C'est vous ma richesse. C'est vous mon courage". "Battons-nous, la victoire est devant nous!", a-t-elle dit.
"Ici, Ségolène, on est fiers de t'accueillir sur une terre ouvrière", l'a saluée l'ancien député PS de la Somme Vincent Peillon, qui l'accompagnait. "Nicolas Sarkozy n'est pas le candidat des ouvriers, ici les ouvriers votent toujours à gauche", a-t-il souligné.
Défendant les mesures sur l'emploi et le pouvoir d'achat de son "pacte présidentiel", Ségolène Royal s'est plusieurs fois présentée dans la journée comme la "présidente du travail pour tous" et "du pouvoir d'achat garanti". Et a dénoncé l'idée de son rival de l'UMP de supprimer les cotisations sociales et taxes sur les heures supplémentaires. "Revaloriser le travail, c'est d'abord de donner du travail à tous et non pas seulement à quelques-uns qui auraient le droit de faire des heures supplémentaires aux dépens du plus grand nombre", a-t-elle sermonné.
Refusant de céder à la "fatalité" ou de "baisser les bras", elle s'est de nouveau engagée à "augmenter les bas salaires" (son "pacte" prévoit de porter le Smic à 1 500 euros). "Comment se peut-il que dans la France d'aujourd'hui on puisse rencontrer des femmes ouvrières qui sont encore au salaire minium après plus de trente d'ancienneté dans une usine?", s'est-elle indignée. "Je ne vais pas en effet alléger les impôts sur les plus hauts salaires", a-t-elle lancé, dans une nouvelle flèche à l'UMP.
Ségolène Royal a achevé sa journée par un meeting sur le thème de l'éducation à Dunkerque (Nord), sa première réunion publique depuis son discours-programme de Villepinte dimanche dernier.
(c) Associated Press, 15/02/2007
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